Lui

lui

Mon barbu est un autodidacte. Enfant des 90’s, il écoutait du rap et du hip hop, dansait le break, et peignait des graffitis. A Valence, sa ville natale, les murs, les rampes de skateparks, les entrepôts désaffectés portent son nom. Ou plutôt son blaze, comme ils disent. SnikTwo.

Avant, il gribouillait sur ses cahiers d’école, puis il a choppé le virus du graffiti en fréquentant les graffeurs de sa région. Du papier aux murs, il n’y avait qu’un coup de bombe. Le graffiti est devenu son addiction. La saveur de l’illégalité et le partage avec le groupe y sont certainement pour beaucoup. « On a la ville, la rue comme terrain de jeu. La recherche de lieux où graffer, c’était excitant, accéder à des endroits insensés, se lancer des défis, vibrer aux rythmes des décharges d’adrénaline, ça faisait vraiment partie du plaisir de graffer ».

Membre de plusieurs Crews, il a donc fait les 400 coups. Ça lui a permis d’affiner son art, d’affirmer sa place.

Dès ses premières ébauches, il a intégré de la calligraphie dans ses graffitis. Fasciné par le tag, cette signature propre à chaque graffeur, il a cherché à rendre la sienne unique. Eprouvant des techniques d’asymétrie, de lettrage, de travail de contour, débordant d’imagination, cherchant l’originalité, la performance et la maîtrise pour se démarquer. Sortir du lot. Mais c’est surtout la recherche de l’esthétisme qui le guide. « Dans un art brut, rebelle, assimilé à de la dégradation, je veux peindre des œuvres séduisantes et esthétiques. J’utilise la calligraphie, les codes du street art, m’inspire des figures qui ont peuplé mon enfance, pour réaliser des peintures figuratives ».

Des murs aux toiles de coton, SnikTwo reste concentré sur le tag, son obsession. Le rituel est toujours le même, il trifouille sa barbe face à sa toile encore vierge. Il anticipe, imagine, visualise. Puis, l’assaut est lancé. Avec frénésie, il répète sa signature, en assume les variantes ; le geste assuré, il sait toujours où il veut aller. Sa multitude de tags a un sens. Ils se côtoient, s’accolent, s’embrassent pour faire surgir une figure. Un Graffiti Contemporain.

En 15 ans d’expérience, mon barbu a évolué, son art urbain aussi. Même si la bombe a exceptionnellement encore sa place, que le Posca reste de la partie, le pinceau, la peinture acrylique et l’encre tiennent le haut du pavé, en accord avec ses valeurs empreintes d’écologie.

Elle

Ma girl est plurielle. Enfant des 90’s, elle écoutait du rap et du hip hop, dansait le break, et peignait des graffitis. Non, elle c’était plutôt les livres et le théâtre.

Elle m’a expliqué qu’elle était un exemple type de la théorie de B. Lahire sur la dissonance culturelle. Oui, Madame a fait de la sociologie. En un mot ? « La dissonance vient de cette capacité des individus à faire co-exister différentes formes de pratiques culturelles et potentiellement contradictoires ». Illustration.

Ma girl chante Ministère AMER ou I am, cite des sociologues en se déhanchant sur de l’électro ou en roulant des hanches sur de l’orientale. Elle est passionnée de danse contemporaine, Preljocaj est son chorégraphe favori. Elle lit des romans à l’eau de rose et de plus sérieux. S’extasie devant une toile impressionniste et s’intéresse au graffiti.

On est un duo de writers. Elle ne tague pas comme moi, même si elle aime peindre. Son dada à elle, c’était plutôt les longues phrases sur du papier pour raconter des histoires. Depuis quelques années, c’est sur un clavier qu’elle écrit, en tant que journaliste.

Parisienne, elle a toujours cohabité avec le graffiti. Grâce à un œil averti et affûté par des études de sémiologie, elle repère les tags, les graffitis, les retrouve avec plaisir sur ses trajets quotidiens, s’interroge. Qui, comment, pourquoi ?

Elle

Elle pose beaucoup de questions. Le félin de M. Chat lui fait penser au chat de Cendrillon, le délicieux Lucifer. Chacun ses références hein. L’art urbain l’interpelle mais elle ne maîtrise pas tous les codes, ne parvient pas à tout décrypter.

Depuis qu’on s’est rencontrés, on partage tout, nos points communs nous rapprochent et on apprend des passions de l’autre.

Je ne vais pas lui apprendre à danser le break, c’est peine perdue mais le graffiti, c’est une autre affaire. « Les mosaïques comme ça, c’est Space invader ». Je suis devenu en quelque sorte son éclaireur. La ville a pris une autre dimension et est devenue un véritable musée à ciel ouvert pour elle. Elle s’intéresse à mes peintures, donne son avis, suggère et parfois prend le pinceau avec moi.

Le Duo

Si Graffiti Contemporain devait être un chiffre, ce serait un 2. Parce que c’est le projet d’un duo, un artiste et une admiratrice. Un graffeur et une littéraire. Deux street-art writers : lui appose ses tags sur des murs ou sur des toiles, elle, accompagne son art de ses mots. SnikTwo, c’est son nom d’artiste, son blaze, comme on dit dans le milieu. Elle, signe ses articles de son prénom, Pauline.

Graffiti Contemporain est un site à quatre mains, l’histoire d’une rencontre, et c’est ce qui fait sa différence. Il n’est ni un site « carte de visite » d’un artiste, ni uniquement un média sur le street-art. Il marie les deux. Vous pourrez à la fois découvrir le travail de SnikTwo, ses œuvres, ses inspirations, et son actualité et lire des articles sur le street-art de manière générale.

Bonne visite !

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