Graffiti Contemporain : Un blaze pour un art du writing

12 Mar 2017 | Concept | 0 commentaires

Posons les bases – vous savez ce que c’est qu’un blaze ? Le blaze est le pseudonyme de l’individu qui intervient avec sa marque dans l’espace public. Autrement dit, c’est le nom, le pseudo, l’alias, du graffeur. La signature du blaze s’appelle un tag et peut être elle-même l’œuvre. Mes souvenirs d’études d’ethnologie me feraient dire que le blaze représente le nom tribal tracé au travers de plusieurs graffs et qu’il identifie la personne, le graffeur, à l’œuvre. Le nom tribal ? Oui, si l’on considère les graffeurs comme une tribu, non pas au sens ethnographique proprement dit, mais en un sens plus lâche d’une tribu caractérisée par des traits communs : rite de passage, codes du crew, règles de conduite, reconnaissance par les membres du groupe.
Tous ont pu connaître un enchaînement récurrent : avoir un plan, rassembler le groupe, attendre le moment précis, envahir, graffer, prendre en photo, puis se sauver pour recommencer le lendemain, ou bien, de manière moins réfléchie, un support, un marqueur, une signature. Voilà un enchaînement récurrent dans la vie de celui qui intervient par des techniques visuelles dans le paysage urbain, marquant ainsi la ville tout en se l’appropriant. L’importance de la photo ? Une preuve de leur audace et la confirmation de leur identité tribale comme appartenant à un groupe de graffeur.

SnikTwo-OldSchool

Et le graffiti ? Pour faire simple et de manière très globale, le graffiti est un terme générique qui désigne aussi bien la pratique du tag que du graff, c’est-à-dire des créations visuelles urbaines issues de la culture hip-hop qui peuvent donc varier d’une signature monochromatique, le tag, à l’élaboration de dessins et de lettrages colorés nommées graff ou fresques. S’adonnant à une compétition entre initiés, quelques tribus urbaines de graffeurs se répandent à travers la ville en marquant les territoires de leur vécu. On pourrait dire que le tag et le graff sont des formes ponctuelles de représentation de soi par l’écriture d’un blaze. Rejoindre un cercle tribal, un crew, passe par la maîtrise du lettrage, de la forme et de la répétition d’une écriture qui fait d’une signature un tag. Etre un tagueur et/ou un graffeur fait partie d’un processus de socialisation auprès d’un groupe. Le style identifie et particularise le membre. Dans ce réseau, une hiérarchie qui passe par un savoir-faire implique la reconnaissance plus ou moins forte du membre.
Le Graffiti est une forme parmi d’autres de street art.

Les sérigraphies éphémères d’Ernest Pignon-Ernest, les pochoirs incisifs de Miss Tic ou les noirs et gris de Jeff Aérosol et sa flèche rouge, les autocollants de Clet Abraham comme un supplément d’âme aux panneaux routiers, les mosaïques extraterrestres de Space Invader, les graffiti vandales du 132 Crew…. Le Street Art est multiple. Le graffiti aussi.

SnikTwo-Ballerine

Le Graffiti Contemporain est un mouvement du graffiti. Qu’il se pratique dans les rues ou sur des toiles, qu’il soit lettrage, figuratif ou abstrait, qu’il utilise des bombes ou des pinceaux, des Posca ou de l’encre, le Graffiti Contemporain est à mi-chemin entre le graffiti traditionnel et le graffuturism.
Au sens esthétique, on trouve dans le graffiti traditionnel des lettrages et des perso qui dans le graffuturism sont remplacés par des lignes abstraites et des figures déconstruites. Le Graffiti Contemporain de SnikTwo, lui, fait de l’accumulation de tags une œuvre abstraite ou figurative. Les bombes aérosols sont encore dans la place, mais y côtoient désormais le pinceau, l’acrylique et l’encre.
Vous êtes perdu ? Pourtant c’est simple, le graffiti est protéiforme. Illustration.

Cantwo, graffeur allemand de la première heure, dont les lettrages accompagnés de B-Boy, ghetto blaster sur l’épaule et bombe de peinture à la main, sont si divinement old school, c’est du graffiti.
Gilbert1 et ses lignes géométriques qui investissent l’espace urbain pour lui donner une seconde vie, s’inspirant du Cubisme de Miro, c’est du graffiti.
L’adepte des bubble letters Tilt, qui prenait, comme SnikTwo à ses débuts, les rampes de skateboard et les entrepôts ferroviaires pour son terrain de jeu, et qui a posé les bases du throw-up, c’est du graffiti.
Mêlant abstraction et figuration, les œuvres d’Hopare dans lesquels les lignes structurantes chères au graffiti embrassent les couleurs évanescentes de ses tracés de bombes pour révéler des visages atemporels d’une intensité rare, c’est du graffiti.

Graffuturispm

Cartonner pour percuter, la recherche du frisson de l’illégalité, de l’adrénaline, celle de l’esthétisme. L’ambition de la visibilité du surnom, imprimer son blaze au maximum ou la volonté d’appartenir à un groupe, juste la pratique de son art ou la volonté de déranger, de surprendre, de faire passer un message politique ou non… Quelque soient les aspirations ou les motivations, les besoins ou les moteurs qui font courir les graffeurs, la couleur qu’ils laissent sur les murs, cette « pas si vilaine trace », c’est l’essence du graffiti. Parce que le graffiti, c’est aussi un état d’esprit, une culture. Celle de la rue. Les graffeurs passent des murs aux toiles, partagent leur temps entre les deux, ou reviennent aux murs, qu’importe. Les graffeurs sont libres. Il s’agit de leur art. Pas d’histoire de vandales passés vendus. En revanche ce qui reste important, pour nous tout du moins, c’est que ces artistes peignant sur toiles ou sur d’autres supports aient connu leurs premiers émois dans la rue. Vouloir laisser sa marque. La culture graffiti.

Graffiti Contemporain c’est donc un mouvement du graffiti, mais c’est aussi le nom donné à notre site, fruit de notre rencontre : amoureuse des lettres, je me suis éprise de son lettrage, et réciproquement pour devenir un duo de writers, chacun à notre manière. Et avec GraffCo, (oui, c’est notre petit nom), on vous propose du graffiti contemporain certes, mais pas seulement. Du street art en général. Des coups de cœur, des découvertes, des vernissages, des expositions, des focus sur des artistes, des articles thématiques, des reportages photo… Pour partager avec vous. Échangeons ensemble. Et suivez-nous sur nos réseaux sociaux !

Pauline

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